MICHEL CHIFFONNE : «LE RAPPORT MAXWELL STAMP VIENT NOUS DONNER RAISON»

Des experts britanniques de Maxwell Stamp dressent un constat alarmant de la situation énergétique à Maurice. Leurs services ont été retenus par l’Energy Efficiency Management Office du ministère des Services publics. Michel Chiffonne, porte-parole de la People’s Cooperative Renewable Energy Coalition, livre ses impressions.

Quelle est votre lecture du rapport Maxwell Stamp qui fait un état des lieux sur l’efficience énergétique à Maurice ?

Ma première observation est qu’il s’agit surtout d’un énième rapport. L’ancien gouvernement avait pris pour habitude de réaliser des rapports qui ont coûté beaucoup d’argent mais qui n’ont finalement pas servi à grand-chose. La plupart ont fini par atterrir dans des tiroirs. Il y a eu, par exemple, le rapport de la National Energy Commission dont les recommandations n’ont pas été prises en considération. Les rapports sont, certes, importants mais le dossier énergétique ne peut être géré que de manière technocrate.

Le succès de ce secteur doit avant tout être déterminé par la politique gouvernementale et il faut une certaine cohérence. Les conclusions du rapport Maxwell Stamp viennent nous donner raison lorsque nous disions que la vision gouvernementale est incohérente et critiquions le manque de volonté des autorités. Nous constatons aujourd’hui un gouvernement néolibéral à l’œuvre, alors que la question énergétique aurait dû prendre la société mauricienne à contribution. Cela aurait évité à l’État de dépenser des milliards de roupies avec les Independent Power Producers (IPP).

Pourtant, le ministre des Services publics Ivan Collendavelloo ne cesse de clamer avoir mis en chantier une série de projets énergétiques, tout en faisant la part belle aux énergies renouvelables…

Il ne s’agit que d’une façade. Ivan Collendavelloo a habitude de faire le contraire de tout ce qu’il dit. Il a, par exemple, créé la Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA), mais le Central Electricity Board (CEB) lance en même temps un appel d’offres pour la production de 45 mégawatts d’électricité. Un exercice d’appel d’offres taillé sur mesure pour les grosses multinationales et l’oligarchie sucrière. Les coopératives mauriciennes ne pourront jamais participer à de tels projets.

Que pensez-vous du fonctionnement de la MARENA qui regroupe aussi un militant écologiste en la personne de Yan Hookoomsing ?

Cette organisation n’est qu’un éléphant blanc. Ses membres ne se rencontrent plus. Les responsables nous avaient invités pour faire une présentation. Chose que nous avons faite, mais il ne s’est rien passé.

Quelle comparaison faites-vous entre ce gouvernement et celui de Navin Ramgoolam sur la gestion énergétique ?

Ils ne valent pas mieux l’un que l’autre. Aucun de ces deux gouvernements ne comprend quoi que ce soit à ce dossier. Le secteur énergétique est aujourd’hui devenu un business qui profite aux grandes multinationales. L’ancien gouvernement s’était fait remarquer avec le projet controversé de CT Power et la création d’un MID Fund. Qu’a-t-on fait des milliards de roupies qui ont été investies dans ce fonds ?

L’actuel gouvernement a tout de même le mérite d’avoir mis en chantier certains projets qui avaient été laissés en suspens par l’ancien gouvernement. Le projet de St-Louis, par exemple…

Il s’agit là d’un autre projet polluant qui sera réalisé à partir de l’huile lourde qui asphyxiera les habitants de cette région. Pourquoi ne pas relancer les projets d’énergies hydroélectriques ou encore en réaliser d’autres avec la wave energy, par exemple ? C’est cela la solution réelle.

Ne pensez-vous pas être trop utopiste dans votre manière de voir les choses ?

Nos propositions émanent d’études économiques et sociales. Nous avons également été en consultation avec des experts avant d’émettre de telles idées.

Article par Thierry Laurent

Source: http://defimedia.info/michel-chiffo...